
Le bordereau de suivi des déchets est le document qui accompagne un lot depuis le portail de l’usine jusqu’à l’installation qui le traite, et c’est celui qu’un contrôleur réclame en premier. Pour les déchets dangereux, il a quitté le papier : la saisie se fait désormais en ligne, avec des signatures électroniques à chaque étape. Beaucoup d’entreprises découvrent cette bascule au moment d’un enlèvement bloqué, alors que leur registre chronologique des déchets est parfaitement tenu. Voici qui doit l’établir, ce qu’il faut y inscrire, dans quels délais, et les erreurs qui immobilisent un camion.
Bordereau de suivi des déchets : ce qu’il atteste et qui l’établit
Un bordereau prouve trois choses : le déchet est parti de chez son producteur, un transporteur identifié l’a pris en charge, une installation autorisée l’a reçu puis traité. Chaque acteur y appose sa signature au moment où il intervient. Le document suit donc le lot physiquement, ce qui le distingue du registre, simple journal interne à l’établissement.
L’obligation vise d’abord les déchets dangereux et ceux qui contiennent des polluants organiques persistants (POP). Les déchets d’amiante entrent aussi dans le périmètre, avec un bordereau propre, puisque leurs modalités de déclaration diffèrent. Les déchets non dangereux relèvent d’une autre logique, celle du tri à la source en cinq flux et du registre.
Un exemple parlant : un garage qui évacue ses huiles usagées ou un laboratoire qui expédie ses solvants produit des déchets dangereux. Un atelier de menuiserie qui envoie ses copeaux en valorisation, lui, reste dans le régime des déchets non dangereux, sans bordereau électronique obligatoire.
L’émetteur du bordereau est en principe le producteur du déchet, c’est-à-dire l’établissement où le lot est généré. Le Cerfa papier prévoit aussi qu’un collecteur de petites quantités, une personne ayant transformé le déchet ou tout autre détenteur puisse l’émettre à sa place. Le transporteur remplit sa partie à la prise en charge, l’installation de destination la sienne à la réception. Le producteur, lui, ne s’efface jamais : sa responsabilité court jusqu’au traitement final, même quand un prestataire gère tout le circuit.
L’outil a atteint une vraie masse critique. D’après les statistiques publiques de Trackdéchets, plus de cinq millions de bordereaux créés sur une année et plus de 56 000 établissements inscrits. Quand on produit des déchets dangereux, ne pas figurer dans cette base devient difficile à justifier.
Du Cerfa papier à Trackdéchets : le calendrier de dématérialisation
Pendant longtemps, le bordereau a été un formulaire papier : le Cerfa n° 12571*01, adossé à un arrêté du 29 juillet 2005, avec ses 21 cadres répartis entre l’émetteur, le transporteur, l’installation de destination et l’entreposage intermédiaire éventuel.
La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite AGEC et votée le 10 février 2020, a renforcé la traçabilité. Le décret n° 2021-321 du 25 mars 2021 en tire les conséquences : le bordereau des déchets dangereux et des déchets POP se dématérialise. Le système de gestion électronique visé par l’article R. 541-45 du code de l’environnement est Trackdéchets, un service du ministère de la Transition écologique.
| Flux de déchets | Bordereau | Dématérialisation obligatoire |
|---|---|---|
| Déchets dangereux et/ou POP | BSDD, sur Trackdéchets | Depuis le 1er janvier 2022 |
| Déchets d’amiante | BSDA, sur Trackdéchets | Depuis le 1er janvier 2022 |
| Fluides frigorigènes | BSFF, sur Trackdéchets | Depuis le 1er janvier 2023 |
| Véhicules hors d’usage (à dépolluer) | BSVHU, sur Trackdéchets | Deux ans après les déchets dangereux |
| Déchets d’activités de soins à risques infectieux | BSDASRI | Pas encore généralisée : Trackdéchets toléré sous conditions |
Le calendrier n’a donc pas été uniforme. Les déchets dangereux et l’amiante ont basculé en premier, les fluides frigorigènes un an plus tard. Les déchets de soins font figure d’exception : la Direction générale de la santé autorise Trackdéchets à condition que toute la chaîne d’élimination soit tracée en ligne, du producteur à l’exutoire, et que chaque acteur ait rattaché son établissement à un compte. À chaque étape, le bordereau doit pouvoir être présenté en numérique ou sur le Cerfa n° 11351-04.
Pour l’entreprise, la conséquence est concrète : plus de carnet de Cerfa dans une armoire, mais un compte utilisateur, le rattachement de chaque établissement par son SIRET et un administrateur désigné. Les sites équipés d’un logiciel métier peuvent aussi l’interconnecter à l’API de Trackdéchets, après des tests réalisés en situation réelle.

Les mentions à renseigner, de l’émetteur à l’installation de destination
Un bordereau se remplit dans l’ordre des intervenants, chacun ne signant que sa partie. Le Cerfa papier donne la trame, que la version électronique reprend, et une partie seulement de ses cadres concerne un lot sans entreposage ni transport multimodal.
L’émetteur et la description du déchet
L’émetteur ouvre le bal avec son numéro SIRET, son adresse et une personne à contacter. Il désigne l’installation de destination prévue, avec le numéro de certificat d’acceptation préalable (CAP) le cas échéant et l’opération visée en code D ou R : R pour la valorisation, D pour l’élimination.
Vient ensuite le déchet lui-même : rubrique, consistance solide, liquide ou gazeuse, dénomination usuelle. Le conditionnement (benne, citerne, GRV, fût) et la quantité en tonnes suivent, avec les mentions du règlement ADR si le transport de marchandises dangereuses l’exige. Terminer par la déclaration générale de l’émetteur, qui certifie ces informations exactes et de bonne foi.
Le CAP mérite une attention particulière. Délivré par l’installation de destination avant le premier envoi, à partir d’une description du déchet, il porte un numéro que le bordereau reprend : c’est ce lien qui verrouille la cohérence entre le déchet décrit à l’accueil et celui qui arrive réellement sur le quai.
Le transporteur et le négociant éventuel
Si un négociant intervient, son numéro SIREN et son récépissé figurent au bordereau. Le collecteur-transporteur renseigne son SIREN, son récépissé avec le département et la date limite de validité, le mode de transport et la date de prise en charge, puis signe.
Un récépissé périmé suffit à rendre l’enlèvement irrégulier. Vérifiez sa date de validité avant chaque départ, surtout avec un transporteur occasionnel. En cas de transport multimodal, les cadres 20 et 21 accueillent les transporteurs supplémentaires, chacun avec ses propres références.
L’acceptation ou le refus du lot et l’opération finale
À l’arrivée, l’installation de destination indique la quantité réellement présentée, la date de présentation et sa décision : lot accepté ou refusé, motif à l’appui. Un refus renvoie le déchet chez le producteur, qui doit alors trouver une autre filière.
Reste la réalisation de l’opération : le code D ou R effectivement appliqué, sa description et la signature de l’exploitant. Si le traitement aboutit à un nouveau déchet dont la provenance reste identifiable, un nouveau bordereau est émis, accompagné de l’annexe 2 du formulaire. C’est cette dernière signature qui clôt la traçabilité.
Lorsqu’un lot transite par une installation d’entreposage provisoire ou de reconditionnement, les cadres 13 à 19 prennent le relais : réception sur ce site, nouvelle destination prévue, éventuel second transporteur, déclaration de l’exploitant. Le bordereau d’origine reste rattaché à ce nouveau segment, ce qui évite de perdre la trace du producteur.
Délais de déclaration et cas de la collecte groupée
Le bordereau ne dispense pas du registre. Depuis la fusion du registre national des déchets, terres excavées et sédiments (RNDTS) dans Trackdéchets, toutes les déclarations passent par la même plateforme, sans changement de réglementation. Pour les déchets, le délai est de sept jours à compter du fait générateur. Pour les terres excavées et les sédiments, le déclarant a jusqu’au dernier jour du mois suivant.
Sur un site qui expédie plusieurs camions par semaine, tenir sept jours suppose une personne qui saisit le jour même et un suppléant en cas d’absence. Si l’administrateur du compte quitte l’établissement, un rattachement est à refaire sans attendre.
Autre cas particulier, la tournée dédiée. Un collecteur qui passe chez plusieurs producteurs pour de petites quantités relevant d’un même code déchet n’émet pas un bordereau par arrêt. Il s’appuie sur une annexe 1, dématérialisée depuis mars 2023, qui recueille la signature électronique de chaque personne collectée.
Les exploitants qui pratiquent la sortie de statut de déchet bénéficient d’une tolérance à un mois pour transmettre leurs registres. Le ministère assume l’objectif de cette architecture : combler un manque de données sur les gisements et alléger les démarches. Dans les faits, une saisie unique alimente le bordereau comme les registres, selon le principe « dites-le nous une fois ».
Responsabilités et erreurs courantes sur la traçabilité
Un bordereau est un document de preuve : ses défauts se paient au moment où l’on en a le plus besoin, lors d’un contrôle ou d’un litige avec un prestataire.
Les erreurs qui bloquent un enlèvement
Une rubrique de déchet voisine de celle du CAP, mais pas identique, suffit à faire refuser un lot. Un SIRET d’un autre établissement du groupe, une quantité estimée très éloignée de la pesée, un récépissé de transporteur échu : chaque écart se retrouve noté au moment de la réception.
Un atelier de traitement de surface qui expédie ses bains usés sous une dénomination approximative en fait l’expérience au premier contrôle. Ces vérifications gagnent à entrer dans une démarche de gestion des risques environnementaux, avec une relecture du bordereau avant chaque départ.
Le refus de lot reste le scénario le plus coûteux : transport à vide, nouvelle filière à trouver, déchet stocké plus longtemps que prévu sur le site. Prévenir l’installation, confirmer le CAP et contrôler le conditionnement avant le départ coûtent bien moins cher que ce détour.
Ce qui engage le producteur
Le producteur reste responsable de son déchet jusqu’à l’élimination définitive. Concrètement, il suit la clôture du bordereau : sans signature de réception et sans opération finale renseignée, il relance l’installation de destination plutôt que d’attendre. Un contrôle ne porte d’ailleurs pas sur un seul enlèvement, mais sur une série de mouvements : l’état des bordereaux d’une période, rapproché du registre, permet de répondre vite, et les écarts entre les deux documents attirent l’œil.
Le code de l’environnement prévoit des sanctions administratives et pénales en cas de défaut de traçabilité, qu’il s’agisse d’un bordereau absent, falsifié ou d’un enlèvement hors circuit. Cette vigilance repose souvent sur un référent déchets, un profil que les entreprises essonniennes recrutent localement, par exemple en publiant des offres d’emploi à Brétigny-sur-Orge.
Sources
- Ministères Transition écologique — traçabilité des déchets, terres excavées et sédiments, 2025
- Trackdéchets — statistiques publiques de la traçabilité des déchets, 2026






